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Perdons-nous le sens des réalités ?

Par Candi Moro

Je me rappelle que, quand j'étais enfant, à l'école, en classe d'art, on dessinait souvent le corps humain. Depuis, c'est pour moi la plus pure forme d'art.

Le muscle en mouvement est fascinant, une source d'admiration, de respect et de plaisir émotionnel, surtout quand il s'agit d'un corps bien bâti et symétrique.

Les formes humaines sont associées à l'art depuis des temps immémoriaux, et ont fait l'objet de dessins et sculptures depuis la Grèce ancienne jusqu'à nos jours. Le discobole de Miron et le David de Michel-Ange sont la meilleure expression de la beauté et de la bonne forme corporelle.

Le culturisme est une forme d'art, à mon avis une des plus pures. On y cherche à recréer et raffiner le corps humain, en quête de proportions parfaites. Un culturiste est un artiste qui se trouve à la recherche du travail parfait sur le matériel le plus noble, son propre corps.

Naturellement, c'est aussi un sport, une magnifique discipline qui s'occupe de tout ce qui a trait aux performances physiques, comme la force, l'endurance et l'état de santé. Mais ce qui m'ébahit le plus est ce travail des points faibles en vue d'obtenir l'oeuvre d'art que nous tous voudrions que fût notre corps.

D'autres athlètes montrent des façons les plus diverses ce que le corps humain est capable de mener à terme, mais dans mon opinion seulement les bodybuilders sont capables de porter leur corps au sommet de la performance et de la perfection physique.

Beaucoup sont ceux qui sont d'accord avec moi, car à un moment ou un autre de leur vie, la plupart des personnes aspirent à posséder la symétrie et le ligné d'un bodybuilder. Dans les années 60, Steve Reeves attira des milliers de jeunes gens dans les salles par ses péplums. Ils voulaient parfaire leur corps sur le modèle de Steve et notre sport a expérimenté une énorme expansion à l'époque.

Fin des années 70, le fil "Pumping Iron", avec Arnold, a popularisé le bodybuilding de telle sorte, qu'il a poussé des milliers et des milliers à se mettre aux poids.

Dans les années 80, tout le monde savait déjà que le travail aux poids améliorait considérablement les prestations athlétiques et la majorité des entraîneurs l'ont incorporé à leurs programmes. Actuellement, pratiquement tous les sportifs s'adonnent à l'entraînement aux poids, indépendamment de leur discipline : basket, foot, rugby, nage, athlétisme, etc.

Les gymnases et clubs de fitness ont énormément augmenté en nombre et actuellement presque tout un chacun s'adonne aux poids régulièrement. Cependant, si vous leur posez la question, très peu d'entre eux répondraient qu'ils font du body.

Vous savez aussi bien que moi que ceux qui s'entraînent pour augmenter leur force et modifier leur ligne, sont culturistes en essence. C'est peut-être curieux, mais il ne semblent pas s'en rendre compte ou, pire encore, ils refusent d'être considérés comme tels. Pour quelles raisons ?

Anciennement, la musculation n'était pas considérée comme "décente". Il y avait très peu d'entraîneurs et beaucoup d'entre eux étaient considérés comme étant un peu dérangés. Mais c'était il y a longtemps, dans les années 40 et 50. C'est il y a belle lurette et dans les années 70 et 80, le culturisme était tout ce qu'il y avait de plus en vogue.

Je crois pourtant savoir ce qu'il est arrivé. En fin des années 70, Lisa Lyon est apparue avec un corps parfait, laquelle en était suffisamment fière pour déclarer qu'elle s'entraīnait aux poids. Peu après, des milliers de femmes remplissaient les clubs pour sculpter leurs physiques.

Puis, on a créé le Ms Olympia, qui a été remporté par Rachel McLish, qui a établi les canons de la beauté athlétique féminine. De très nombreuses femmes ont suivi son exemple, ainsi que des entraîneurs, des compétiteurs, le grand public et un nombre de célébrités, comme Victoria Principal (de Dynasty) et Sidney Rome.

Mais le volume des femmes n'a cessé de croître. Cory Everson était bien plus volumineuse que Rachel, mais demeurait toujours suffisamment féminine pour convaincre d'autres femmes de s'entraîner.

A l'heure qu'il est, le body féminin est mort. Personne ne veut faire la promotion d'un événement de cette sorte, personne ne veut y participer et, bien pire encore, personne ne veut avoir l'apparence d'une femme culturiste. La plupart des femmes seraient offensées si on leur disaient qu'elles avaient un corps pareil.

De même, les bodybuilders professionnels sont beaucoup moins populaires qu'il y a vingt ans, bien que les champions actuels soient bien plus volumineux. Le Masters Mr Olympia n'a plus lieu depuis deux ans. Aucun sponsor n'est intéressé, aucun fan n'y assiste, aucun intérêt de la part des supporters.

Nous avons de plus gros athlètes que jamais, mais en même temps moins de compétitions et moins de fans qui y assistent. Y aurait-il un rapport entre le volume des athlètes et ce manque d'intérêt ? A mon avis, sans aucun doute.

Il y a 20 à 25 ans, quand Arnold, Frank Zane et Chris Dickerson entre autres, étaient à leur apogée, des milliers de fans jalousaient leur physique et s'entraînaient pour les imiter. Combien de fans de nos jours aimeraient avoir un gabarit comme celui de Coleman, Markus, Cutler ou autres champions ? Peu, très peu.

Le fait d'être comparé à Bob Paris, Francis Benfatto et leurs pareils, était un honneur. A ce jour, la plupart des gens qui s'entraînent aux poids ne se considéreraient pas des bodybuilders, et encore moins ne chercheraient-ils pas à imiter le corps des grands champions.

J'ai toujours une grande admiration pour ces athlètes, qui sont capables de n'importe quel sacrifice pour porter leur physique à la limite. Ce sont des sportifs fantastiques, mais je ne vois plus en eux la beauté du corps humain, la forme naturelle, la symétrie et la bonne proportion.

L'esthétique n'y est plus, l'émotion non plus et l'âge d'or de ce sport semble s'évanouir lentement, mais sûrement.

Combien les bodybuilders sont-ils encore capables de grossir ? Le volume et la bonne santé ne vont pas obligatoirement de pair. "Big" n'est pas nécessairement la bonne voie. Rappelez-vous comment ont fini les dynosaures.

Voilà de la matière à réfléchir. Si le body était plus populaire quand les culturistes étaient plus petits, n'est-ce pas signe que nous sommes en train de perdre le sens des réalités ?

Si les champions actuels étaient de la taille et forme d'un Frank Zane et ses pareils, je parie que le culturisme serait en bien meilleure santé.

Peut-être êtes-vous d'un autre avis, mais ne vous en prenez pas pour autant au messager. Je ne fais que publier mon opinion pour que le bodybuilding reprenne enfin du poil de la bête. Si vous n'êtes pas du même avis, un bon débat ferait du bien à ce sport et, de ce fait, à nous tous.

 

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