Points de tension

Par Juan de Dios “Juande” Mesa

On a fait couler des flots d’encre sur les différentes techniqes d’entraînement. Peut-être de trop, si nous prenons en compte le fait que pour la plupart elles ne font que répéter les mêmes cantilènes. C’est pourquoi quand il me tombe entre les mains un article regorgeant de fraîcheur, capable d’apporter quelque chose de nouveau concernant l’entraînement et la nutrition, je fais des yeux comme des plats qui laissent passer toute l’information que mon cerveau est capable de stocker.

Mardi dernier j’entraînais les bras, quand un jeune homme s’est approché de moi, probablement avec l’intention de me poser quelques questions, ce qui m’a non seulement flatté, mais aussi rendu curieux de savoir quelle serait notre conversation.

A vrai dire, j’ai été surpris par le fait que quelqu’un avec des bras trois fois plus gros que les miens ­ce qui n’est guère difficile, soit dit en passant- se soit intéressé à mon système d’entraînement. Je l’ai invité d’abord à me montrer ses nageoires.

Ça, c’est une sacrée paire de bras !-, ai-jepensé. Etonné, je lui ai demandé ce que je pouvais faire pour lui.

-Ecoute ­m’a-t-il dit-, ce n’est pas que je ne sois pas content de la taille de mes bras, mais il y a quelque chose qui ne finit pas de me plaire. Je ne leur vois pas cette esthétique équilibrée, cette ligne qui distingue un bras quelconque d’un bras excellent.

Et à vrai dire, et bien que beaucoup d’entre nous aurions jalousé à mort un tel bras, il avait quelque chose qui n’allait pas. Malgré son excellent triceps, celui-ci manquait de galbe sur le faisceau long. Qui plus est, les énormes dimensions du faisceau moyen empêchaient, voire au moins réduisaient la vision d’un plein fer à cheval doté d’un beau galbe extérieur. De surcroît, le faisceau latéral était surdimensionné a du point que, s’il impressionnait à lui seul, il n’était pas à l’avantage du reste de l’ensemble.

Pour ce qui était du biceps, il en était pratiquement de même. Possédant une énorme masse qui menaçait de dégringoler au moindre mouvement brusque, il manquait cependant du pic en quête duquel nous sommes tous.

-As-tu essayé de t’entraîner selon les points de tension ?, lui ai-je demandé.

-Points de tension ? Qu’est-ce que cela ?, m’a-t-il demandé. J’ai entendu parler de contraction maximale, de mouvements partiels, d’amplitudes maximales, mais, points de tension ?...

Flatté par sa curiosité et profitant du repos que m’offrait ma séance, j’ai commencé à faire un brin de causette avec lui, ce que je fais volontiers de toute façon.

Savais-tu qu’en fonction de l’exercice réalisé, nous sollicitons davantage cela dépend quelle région du muscle? Par exemple, avec les coudes légèrement au-dessus de la tête, tu feras travailler le long faisceau du triceps. Et à la poulie debout, voire ceux de développé, les mains légèrement rapprochées, tu pourras travailler sur la portion latérale. Il en va de même du biceps et de ses deux faisceaux, celui long et celui court ou brachial. Ce que beaucoup de pratiquants encore peu avertis omettent est ce que je dénomme “points de tension”. Quand tu fais des extensions des triceps derrière la tête et gardes le bras bien collés à celle-ci, voire même avec une légère inclinaison du côté contraire, le point de tension se trouve clairement du côté contraire, il se trouvera clairement situé dans la longue portion du muscle, près de son insertion. Ceci est de la dernière importance. Si par contre, tu effectues l’exercice avec le bras plus proche de la verticale, le point de tension se déplacera vers la région médiane du faisceau latéral et montera même sur elle à mesure que tu éloigneras le d bras de la tête jusqu’à le situer très près de l’insertion, juste à la fin de la longue portion. Il peut même arriver à la portion intermédiaire et atteindre son zénith dans l’articulation même du coude. Si nous analysons n’importe quel autre exercice, tu constateras qu’il en arrive pratiquement de même.

Prenons un curl Scott dans sa phase initiale, les bras tendus. Le point de tension se trouve dans le faisceau court du biceps, près de l’articulation du coude. En initiant le mouvement, la tension se déplacera sur tout le muscle, du bas vers le haut pour, en passant par son pic, finir son parcours dans l’origine la plus proche du deltoïde.

Tout ceci pris en compte, tu te demanderas peut-être : comment est-ce que je peux utiliser les points de tension à mon profit ? Eh bien, avec l’objectif d’en maximiser le développement, et ce non seulement d’une section du groupe musculaire en question, mais aussi avec l’intention d’en modifier l’aspect. Le mouvement devra commencer et finir dans lui. Prenons un triceps carent de galbe sur sa région médiane. Prends une poulie avec poignée ou corde, c’est égal, et réalise des extensions derrière la tête. Soulève le poids et, très soigneusement, tâche de faire coïncider le point de tension maximale et la zone musculaire que tu veux mettre en valeur. Serre, contracte fortement et effectue un parcours partant des proximités de ce point. Si tu conserves la tension continuellement sans céder d’un seul iota, tu obtiendras une congestion maximale sur ce groupe musculaire et les résultats ne se feront pas attendre. La persévérance, un repos suffisant et une alimentation correcte feront le reste. Veux-tu en faire l’essai?, lui ai-je demandé. Il opina du bonnet, quoiqu’il n’ait pas été très convaincu de la chose au début.

L’entraînement une fois fini, la congestion menaçait de détacher le triceps juste là où son faisceau latéral laissait tant à dés direr.

Il va sans dire que nous ne pourrons pas toujours obtenir un pareil niveau de concentration, mais si une fois vous recherchez quelque chose vous sortant de votre train-train journalier, je vous recommanderais cette technique, notamment avec les régions corporelles les plus faibles.

Personnellement, je l’ai essayée tout au long de l’an passé avec le pic de mes biceps et le galbe du vaste externe du quadriceps et je dois dire que les résultats ont été pour le moins satisfaisants. Bien que je doive avouer que ce qui m’a produit la plus grande satisfaction a été le fait qu’un jeune homme de vingt ans à peine ait montré de l’intérêt pour le système d’entraînement que je suis en train de mettre au point. Il est vraiment réconfortant de constater qu’on recouvre dans le culturisme de base l’intérêt pour les matières qui n’ont jamais dû cesser d’être les protagonistes de notre sport : l’entraînement et la nutrition.

Cela me rend très heureux et me fait penser à l’opportunité que ces jeunes gens nous offrent de relancer notre discipline et de la hausser à la place qui lui revient de plein droit !

Et maintenant à l’oeuvre ! Travaillez ces points de tension ! Si les résultats se font attendre, vous pourrez toujours dire que c’est de ma faute !

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